Escargot
Escargot des haies – Cepaea nemoralis
Escargot des jardins – Cepaea hortensis

Qui n’a pas entendu ou chanté un jour une comptine d’escargot à ses enfants ou petits-enfants ? l’ancienne instit de maternelle que je suis les accompagnait de jeux de doigts… ces comptines avaient la vertu de calmer les pleurs des tout-petits les premiers jours d’école, au moins le temps de la chansonnette. Ma connaissance de l’escargot s’arrêtait là et quelle ne fut pas ma surprise en écrivant cet article, de découvrir que ces deux comptines ont en commun une erreur de taille : l’escargot n’a pas de corne mais des tentacules ! Il était donc grand temps que je comble mes lacunes en connaissances sur l’escargot et je suis prête à parier que beaucoup d’entre vous vont découvrir que ce petit mollusque à priori insignifiant (et donc peu photographié !), est beaucoup plus sophistiqué qu’il n’y paraît !
Bien souvent, ce que l’on voit en premier chez l’escargot est sa coquille. Du plus clair au plus foncé en passant par toutes les nuances de couleurs allant du blanc au brun, petite ou grosse, plus ou moins rayée… sachez que beaucoup de ces détails ont leur importance et nécessitent « une certification pour devenir un bon lecteur de coquilles » ! Car oui, je vous le dis : une coquille d’escargot porte autant d’informations qu’une bonne page de documentaire ! Ainsi, si l’on s’intéresse prioritairement à l’escargot des haies et l’escargot des jardins, sachez qu’à l’œil nu, ils se ressemblent en tous points sauf un : la couleur de la bordure de leur coquille. Si elle est sombre, c’est un escargot des haies, si elle est claire, c’est un escargot des jardins. Quelle importance me direz-vous ! Cela en a puisque ces deux espèces qui peuvent se côtoyer n’ont pas de descendance viable, si par mésaventure, elles s’accouplent. On a donc bien à faire à deux espèces différentes qui ne s’hybrident pas !

Escargot des haies © Pascale Hervieu

Escargot des jardins – © Pascale Hervieu
La lecture de la coquille permet également de déterminer l’âge de l’escargot. A sa naissance, Il est doté d’une coquille minuscule qui ne compte qu’un tour de spirale. Le centre de celle-ci constitue « le nombril » du mollusque auquel il est rattaché[1]. La coquille de naissance reste visible toute sa vie puisqu’en grandissant, l’escargot l’agrandit autour de cette spirale de naissance. Ainsi, en traçant une ligne droite perpendiculaire au premier tour de spirale, chaque tour supplémentaire coupé par la ligne droite, constitue une année de croissance. Le processus pourrait continuer à l’infini mais non ! Au bout de 3 ou 4 années, lorsque son diamètre atteint environ 2 cm, l’escargot fabrique un bourrelet épais en bordure de coquille ce qui met fin à sa croissance. Désormais, il est adulte. Donc une coquille avec bourrelet est celle d’un escargot adulte tandis qu’une coquille sans bourrelet et celle d’un jeune. Et c’est la couleur de ce bourrelet qu’il faut regarder pour savoir si l’on a affaire à un escargot des haies (bourrelet sombre) ou à un escargot des jardins (bourrelet clair).
[1] Le point d’attache du corps de l’escargot au centre de la coquille s’appelle la columelle, il formera le pilier central de la coquille autour duquel s’enroulent les spirales, au fur et à mesure de sa croissance.

La couleur de la coquille qui, comme on l’a dit plus haut, peut prendre une grande variété de teintes, n’a aucune importance dans la détermination des individus, cependant, aussi fort que les codes-barres dans les supermarchés, les coquilles d’escargot sont plus ou moins rayées et permettent de donner un nom aux individus.
La lecture des rayures se fait sur la dernière spirale (celle terminée par le bourrelet) et se lit de haut en bas (en considérant que le haut se trouve du côté de la coquille de naissance). Cette spirale peut porter jusqu’à 5 lignes que l’on numérote très logiquement de 1 à 5. Ainsi un escargot qui a 5 lignes s’appelle « 12345 », celui qui n’en n’a aucune « 00000 » (le 0 correspondant toujours à la place d’une ligne absente). Pour chaque individu il faut donc regarder à quelles places sont les lignes existantes pour déterminer son nom. On pourra trouver des « 02305 », des « 10305 » ou encore des « 00300 » … Je suis sûre que vous voyez la diversité possible des petits noms d’escargots !
La période olympique récente aurait attribué les podiums suivants en termes de fréquence :
Escargot des haies :
Or : « 12345 » ; Argent : « 00000 » – Bronze : « 00300 »
Escargot des jardins :
Or : « 00000 » ; Argent : « 12345 » ; Bronze : « 00300 »

Escargot des haies -« 12345 » – © Pascale Hervieu
On voit clairement sur la dernière spirale les 5 lignes sur la coquille de cet Escargot des haies.
Mais tout n’est pas toujours aussi simple. Il arrive aussi que certaines lignes soient tellement rapprochées qu’elles ne font plus qu’une. Dans ce cas elles sont regroupées entre parenthèses pour indiquer le nom de l’escargot : exemple « 003(45) » (une seule grosse rayure en 4 et 5) ou « (123)(45) ».
On obtient ainsi au total 89 possibilités et autant de noms différents !

Escargot des haies – « 003(45) » – © Pascale Hervieu
Sur cette coquille on note l’absence de ligne en position 1 et 2. La ligne 3 est à peine visible mais on peut considérer qu’elle y est, tandis que les lignes 4 et 5 ne forment qu’une seule ligne.
En regardant la coquille d’un autre point de vue, vous remarquerez que la spirale tourne en grande majorité dans le sens des aiguilles d’une montre. On dit alors que la coquille est « dextre » – il s’agit alors d’un escargot droitier. Mais il peut arriver beaucoup plus rarement, que la coquille tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. On a alors affaire à un escargot gaucher. Qu’on se le dise, le défi pour trouver un escargot gaucher est aussi grand que celui de trouver un trèfle à 4 feuilles, sans que l’on sache pour autant si cela porte bonheur !

Escargot des jardins dextre – 2 ans – © Pascale Hervieu
Maintenant que vous avez obtenu votre « certificat de lecture en coquilles d’escargots », venons-en aux spécificités anatomiques et au mode de vie de notre ami. Comme vous l’avez déjà compris, son corps est accroché à sa coquille au centre de la spirale (columelle) et il grandit simultanément à sa capacité d’agrandir sa coquille. Il est donc vital pour lui de trouver le calcium qui lui permet de l’agrandir, de la solidifier et de la réparer en cas d’accident. Ses besoins en calcium sont donc énormes tout au long de sa vie. Grâce à sa radula[1] dès la naissance, il commence par manger son œuf puis s’attaque à ceux des œufs environnants qui n’ont pas eu la chance d’éclore assez vite. Tout au long de sa vie, sa radula lui permettra de prélever le calcium qui lui est nécessaire dans la terre, les roches calcaires mais aussi en cas de disette sur la coquille de congénères, y compris encore vivants ! Dans ce cas, on reconnait la coquille de l’escargot attaqué par les marques blanches que porte sa coquille après une séance de râpage intensif !
Directement sous la coquille se trouve un « manteau » de calcaire. Il a pour but de protéger le haut du corps de l’escargot. En cas d’accident sur la coquille, le manteau est reconstitué très rapidement, grâce à la réserve de calcium dont dispose l’escargot pour reboucher les trous et réparer les accros. Le manteau se reconstitue tellement vite qu’il reste visible sur la coquille car il interrompt le tracé des lignes et aucune couche de vernis ne termine le processus, mais il joue son rôle de protection.
[1] Langue de l’escargot, couverte de dents très pointues disposées en rangs très serrés, qui lui sert de racloir (Radula = racloir) – Les dents tombent au bout de 35 jours mais sont renouvelées à l’infini.

Escargot des jardins – © Pascale Hervieu
Coquille cassée et attaqué par un parasite non identifié
Tous les organes sont enroulés dans la coquille, autour d’un pilier central appelé « Columelle » seuls le pied et la tête sont visibles quand l’escargot est suffisamment en confiance pour les sortir. En cas de danger mais aussi par temps sec et par très grosse chaleur, l’escargot s’enferme dans sa coquille, grâce à un muscle géant doté de ramifications qui lui permettent de sortir ou rétracter indépendamment les uns des autres les tentacules et le pied. Souvent, la coquille est fermée par un voile de mucus afin d’éviter au maximum l’évaporation de l’eau de son corps[1]. En effet, l’escargot est très sensible à la chaleur et il déteste le soleil. L’évaporation de l’eau de son corps le rend prudent. Il ne se déplace pas sur terrain sec car le sol absorberait l’eau de sa semelle et l’été qui est pour lui une période difficile à passer il doit prendre la précaution de trouver un lieu où il ne sera pas trop exposé à la chaleur. Rester au sol serait fatal, alors l’escargot prend de la hauteur en montant sur une tige ou un piquet (plus exposés à l’air) et s’enferme dans son habitacle solidement collé à son support en attendant le retour de la fraicheur et de l’humidité.
La pluie au contraire est une aubaine pour lui car elle lui permet de se réhydrater. C’est la raison pour laquelle c’est après la pluie que vous pouvez les observer se déplacer non sans laisser une trace derrière eux. Il s’agit de mucus, qui joue à la fois le rôle de « tapis glissant », de « tapis collant » et de « tapis protecteur », que leur semelle produit à grande dépense d’eau et qui lui permet de glisser sur le sol ou de grimper sur n’importe quel support, même les plus tranchants, à la verticale sans se blesser. Le mucus protège l’organisme de l’escargot des parasites et des microbes. Afin d’économiser la production de mucus, et par conséquent la perte en eau, l’escargot déplace sa semelle de « proche en proche », millimètre par millimètre, de l’arrière vers l’avant en minimisant les points de contact au sol. Le mucus[2] devient glissant (huileux) aux points de contact entre le support et la semelle puis immédiatement après collant (solide), ce qui permet à l’escargot de ne pas tomber des supports verticaux. Ceci explique la lenteur du processus, qui lui est très coûteux en énergie et en consommation d’eau.
[1] Le corps de l’escargot peut être comparé à une éponge qui se gorge d’eau avec la pluie et se dessèche à la chaleur et au soleil. Dans l’idéal, il devrait contenir 88 % d’eau mais il n’est pas équipé pour préserver cette réserve d’eau. Il est donc soumis à une forte déshydratation dès que la chaleur ou le soleil sont de sortie. Seule la pluie lui permet de se réhydrater.
[2] Produit par une glande située à l’avant du pied

Probable Petit gris – © Pascale Hervieu
Cette photo montre comment l’escargot minimise les points de contact au sol lors de ses déplacements.
Outre le pied, vous avez tous pu observer la tête d’un escargot. Elle est munie d’une bouche avec sa redoutable radula, de l’organe génital[1] et comme cela a été dit plus haut, elle ne porte pas de corne mais des tentacules. Ils[2] sont au nombre de quatre :
- 2 grands tentacules qui portent chacun un œil escamotable très peu efficace car l’escargot est myope et ne distingue les obstacles qu’à un millimètre de distance. Sous l’œil se trouve également un organe olfactif invisible qui permet à l’escargot de capter les moindres odeurs environnantes.
- 2 petits tentacules qui lui servent de nez pour flairer les traces qu’il laisse, information importante pour retrouver son chemin mais également, la trace de congénères.
Si par malheur l’un de ses tentacules est sectionné, il se régénère à l’identique (œil compris).
[1] Il est situé à la place de l’oreille et n’est visible qu’en période de reproduction. C’est l’occasion de dire que l’escargot est sourd.
[2] Tentacule : nom masculin

Escargot des jardins encore jeune (le bourrelet n’est pas formé) – © Pascale Hervieu
L’appareil génital de l’escargot est d’une grande complexité. En effet, la nature l’a pourvu d’une glande hermaphrodite laquelle est prévue pour produire des ovules et des spermatozoïdes. Cependant, la nature a prévu également, qu’un escargot ne doit pas se féconder lui-même, par conséquent, les gamètes, selon leur genre, passent par des voies différentes ou ne sont pas produites au même moment pour éviter tout mélange entre elles.
Un escargot doit donc trouver un partenaire pour se reproduire. Chez les escargots des haies, le premier congénère venu fait l’affaire car de toutes manières, un individu multiplie les rencontres et les accouplements au cours desquels les deux partenaires échangent des spermatophores[1]. Ceux-ci sont alors dirigés vers la bourse copulatrice où se trouvent déjà les spermatophores des partenaires précédents. En ce lieu, les spermatozoïdes sont en grand danger car ils sont soumis à des enzymes corrosifs qui ont pour but de les éliminer.
[1] Sac de forme très allongée contenant les spermatozoïdes.

Accouplement – © Serge Halleguen
Le spermatophore a donc lui pour objectif de les protéger pour leur donner une chance de déguerpir aussi vite que possible pour rejoindre la spermathèque. Là seulement ceux qui y parviennent sont sauvés et c’est bien le but de la manœuvre car l’escargot s’il n’est pas regardant sur ses partenaires, il l’est sur la qualité de ses spermatozoïdes. Le test de la bourse copulatrice n’a pour autre raison que de sélectionner les meilleurs spermatozoïdes !
Notre ami n’est cependant pas dupe car lui-même procède de la même façon avec les spermatozoïdes de ses partenaires. C’est pourquoi, il tente une manœuvre pour permettre à ses spermatozoïdes d’échapper à cette sélection draconienne. La nature l’a pourvu d’un « dard d’amour »[1], seul os de l’organisme de l’escargot, qu’il essaie de planter dans le pied (quelquefois dans la tête) de son partenaire pendant l’accouplement pour lui injecter un mélange d’hormones et de mucus dont l’objectif est de favoriser ses propres spermatozoïdes si la manœuvre aboutit.
Jusque-là, l’escargot était un mâle. A partir de la fécondation, il devient femelle. Les spermatozoïdes survivants fécondent les ovules et l’escargot attend le moment propice pour pondre : la pluie ! Il part alors à la recherche du lieu de ponte. A l’aide de son pied, il creuse un trou dans le sol, y enfonce profondément sa tête de telle manière que seule la coquille reste visible à la surface du sol. C’est par son orifice génital (sur le côté de la tête) que les œufs[2] sortent pour être déposés au fond du trou. La ponte terminée, l’escargot couvre les œufs avec de la terre puis part à la recherche d’un second lieu de ponte où il renouvelle l’opération. La mortalité est énorme ! sur la centaine d’œufs pondus au total, on estime que seulement 3 escargots survivront. En effet, ceux qui échappent au cannibalisme de leurs frères ainés doivent faire face à de nombreux dangers dès qu’ils sont à l’air libre : crapaud, grenouille, musaraigne, merle… autant de petits encas pour ces redoutables prédateurs !
On trouve les survivants dans un grand nombre de milieux : de la forêt aux dunes, en passant par les terrains vagues, les friches, les ronciers et autres massifs, au jardin, en plaine, à la montagne jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. L’escargot des haies et celui des jardins peuvent se côtoyer sans pour autant se fréquenter. Alors que l’escargot des jardins recherche principalement les lieux humides et frais, l’escargot des haies préfère les endroits plus chauds. Il est cependant des lieux où on ne les trouve pas : tous les lieux bétonnés et les zones industrielles qui, vous l’imaginez bien, leur sont tout à fait contre-indiqués ! Une fois installé dans un endroit, l’escargot se contente pour vivre, d’un rayon de quelques mètres autour de ce lieu où il se nourrit des plantes environnantes (de préférence à l’état de décomposition).
[1] Fléchette aux formes variées qui en coupe a la forme d’une croix ordinaire chez l’escargot des haies, et celle d’une croix des Templiers chez l’escargot des jardins. Il s’agit là du seul point de différence entre les 2 espèces en dehors de la couleur du bourrelet de la coquille.
[2] 1 œuf tous les quarts d’heure, voire toutes les demi-heures. Une ponte compte une cinquantaine d’œufs.
BONUS
On peut rencontrer beaucoup d’autres espèces d’escargots, plus ou moins faciles à identifier. En voici quelques unes.
Circonvolutions d’un petit gris
photographié à la Réunion

A priori, celui-ci est l’Achatine foulque (Lissachatina Fulica), également appelé escargot géant africain. D’origine africaine, c’est une espèce envahissante que l’on trouve dans de nombreuses régions tropicales. Celui-ci fait généralement 10 à 12 cm de long, mais peut atteindre jusqu’à 25cm. En comparaison à la chaussure, les deux individus de de la photo font environ 10 cm.
Texte : Pascale Hervieu
Photographies par ordre d’apparition sur mon disque dur : Jean-Pierre Mériaux, Bernard Deman, Alain Mangeot, Eric Jouaux, Emilie Tournier, Roger Levalet, Jean-Louis Reymonet, Serge Halleguen, Olivier Hervieu, Pascale Hervieu.
Merci pour votre participation à cet article.
Référence bibliographique :
La Hulotte (magazine le plus lu dans les terriers) N° 97 et 98
Références sitographies :
https://www.quelestcetanimal.com/mollusques-et-annelides/escargot-des-bois-escargot-des-jardins/
https://www.lpo-idf.fr/index.php?pg=sp&sp=92
https://fr.wikipedia.org/wiki/Escargot
https://fr.wikipedia.org/wiki/Helix_pomatia

































