A la recherche des bisons sauvages d’Europe,

Le bison d’Europe peuplait autrefois l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il fut successivement exterminé en France dès le VII ème siècle, jusqu’en Pologne et dans le Caucase où les derniers survivants disparurent pendant la fin de la première guerre mondiale.

Ainsi en 1920, ne survivaient que 54 bisons dans les zoos. Un plan de sauvetage et de réintroduction fut entrepris dès cette date, à partir des seuls 12 reproducteurs sur ces 54 bisons, sous le contrôle du European Bison Pedigree Book Board. Ainsi des 3 sous-espèces initialement existantes en Europe ( Bison Bonasus Bonasus, B.B. Hungarorum, B.B.Caucasicus ) une seule sous espèce pure survit, et fut réintroduite en milieu naturel par les Polonais à partir de 1952.

Aujourd’hui environ 450 Bisons de race pure B.B.Bonasus vivent en totale liberté, principalement dans la très grande forêt de « Bialowieza » située à l’Est de la Pologne et en Biélorussie, se nourrissant d’espèces végétales, d’écorces et de feuilles.

Mon rêve était de les approcher et de les photographier.

Je fis un premier voyage il y a deux ans, très décevant, notamment à cause de guides trouvés sur place peu scrupuleux, et du choix du de la date du voyage (mois de Mai) :

La végétation étant abondante, les bisons se nourrissent vite principalement la nuit, ils sont farouches et très dispersés ( comment voir, même un petit groupe de jeunes autour d’une femelle ou mieux un beau mâle dans l’une des petites clairières de cette forêt de plus de 150 000 hectares, dont une grande partie est interdite d’accès ( forêt primitive en partie ))…

Bref, une seule rencontre de bisons juvéniles, faite d’ailleurs très tôt le matin, sans guide, à l’orée de la partie autorisée grâce à un livre et à une recherche à pieds sur le terrain préalable…

 

Au centre d’informations, on m’avait dit en repartant que la meilleure période pour les observer était l’hiver… ; la nourriture étant plus rare, les bisons se regroupent, notamment à certains endroits où les gardes leur laissent du fourrage, mais aussi ailleurs, où là, on peut en trouver sans aucune assistance…de quoi attiser mon envie d’y retourner, cette fois-ci sans guide, mais avec un bon bouquin, et en respectant comme à mon habitude l’éthique du chasseur photographique ( notamment ne pas effaroucher, rester sur les zones autorisées, etc. ).

C’est donc en Janvier, où j’espérais un grand froid et beaucoup de neige que je suis reparti là bas.

Le temps n’était pas aussi froid que je l’espérais (température minimum rencontrée de moins 7 degrés au lieu de moins 30), mais soit, chaque matin un peu avant l’aube, je partais en voiture en billebaude, pour tenter de rencontrer les bisons, sans succès, pas plus en journée : (l’étendue à visiter étant énorme), et certainement une autre cause.

Pendant plusieurs jours, je renouvelais ma quête sans succès, et je finis par comprendre.. : le tourisme de masse (touristes sortant des minicars sans retenue, bruyants, etc..) . Bon, je décidais donc de m’éloigner de ce lieu.

Le lendemain, après je suis parti vers le Nord, vers un lieu moins connu, et en cours de chemin, à l’aide de mes jumelles je repérais un petit troupeau, qui s’attardait en «  plaine «. Je descendais de voiture et commençais à les approcher, pas à pas, recroquevillé, laissant de grands moments de pause entre chaque approche, guettant tout signe de peur ou affolement des jeunes et des femelles, ou l’attitude plus agressive des trois mâles adultes. Le jour se leva, et par chance ce jour là, le soleil aussi, au bon endroit.. Bref, je passais une heure et demie à une bonne distance d’eux, suffisamment grande pour qu’ils restent au calme, certains se couchant même pour ruminer, les petits se rendormant près de leur mère.

Distance aussi suffisamment proche pour qu’avec mon 800 mm je puisse les photographier plein format. Bref, un très beau moment, jusqu’à ce qu’une voiture arrive à travers champ, qu’un couple de jeunes photographes en descende, puis approche sans précautions et que le troupeau se lève et parte en courant vers la forêt toute proche..Fin de la séance, pas d’autres photos ce jour-là !

On m’avait parlé d’un endroit plus étendu encore, très près de la frontière Biélorusse, où un seul grand troupeau passe l’hiver sans assistance nourriture, dans une région agricole vallonnée bordant une autre très grande forêt…

Je décidais d’y aller. Le territoire à couvrir était immense, les bisons paissant dans les fonds de vallons la nuit jusqu’à l’aube souvent à des endroits inaccessibles même en voiture 4×4, puis repartant ruminer le jour dans la forêt. Le premier et second jour aucune touche, aucune trace, bref la tâche s’apparentait bien à chercher une aiguille dans un ensemble de meules de foin.

Ce n’est que le troisième jour, au petit matin, que je repérais à la jumelle au loin une petite troupe au loin, marchant à la queue leu leu, un mâle en tête, mais bientôt disparaissant dans le fond du vallon, puis réapparaissant pour aller en forêt..

Le reste de la journée, je m’employais à marcher avec une partie de mon équipement dans la neige, jusqu’au moment où je vis plusieurs files de traces, me laissant à penser à une convergence de plusieurs petits troupeaux.

Je suivais cela dans la forêt et les marécages gelés, jusqu’au moment où les traces se séparaient petit à petit, je voyais alors des traces de blessures sur les écorces des jeunes arbres, mais après, les traces s’évanouissaient..

Je faisais alors demi tour, reprenais la voiture, et au bout de plusieurs kilomètres, au détour d’un chemin, sur la droite, au fond du chemin forestier qui débouchait sur la droite, j’aperçus furtivement une silhouette humaine. Je stoppais, reculais, puis m’engageais rapidement à pieds dans ce chemin qui débouchait sur une petite clairière formée par l’abattage récent d’une parcelle de sapins, et vis l’homme qui s’était caché, lui aussi était photographe.

Devant nous, un grand troupeau de bisons était au repos en train de ruminer.

L’homme était de la région Bielorussie, seul, il ne parlait pas français ni anglais, mais au bout d’un moment, après m’avoir observé prendre des photos, nous finissions à communiquer via nos mobiles en silence, et je finis par comprendre qu’il était un passionné de photos des grands animaux sauvages de l’Est de la Pologne, et qu’il passait tout son temps libre à cela : quelles belles photos il avait !

Bref au bout d’une heure, le troupeau se leva, repartit en forêt. L’homme me fit signe de le suivre, lentement, en prenant soin de prendre un autre chemin pour ne pas effaroucher le troupeau.

Nous le rencontrâmes un peu plus loin, dans la forêt, et je pris à nouveau des photos au 800 mm, cette fois-ci à basse vitesse, tant la forêt de sapin était dense, et là, je remerciais les concepteurs de Nikon pour le Vibration Reductor de cet objectif, car mes photos prises au 1/100 avec une rotule montée sur un monopod étaient nettes, incroyable.

(Compte tenu du terrain très encombré, je n’avais pas pris aussi mon autre boîtier et mon 80-400 mm). Là encore, le troupeau était suffisamment important, avec de nombreux mâles en position défensive (habituellement redevenant solitaires entre la fin de l’hiver et le début du rût début de l’automne), pour que le reste du troupeau soit en confiance et se recouche à nouveau, nous autres restant là encore bien en deçà des distances limites d’effarouchement de ce troupeau .

A nouveau, un très beau moment jusqu’à ce que la lumière ne nous permette plus de faire des photos. Nous nous retirâmes discrètement. L’homme me fit comprendre que le lendemain, vraisemblablement le troupeau serait ailleurs, pour chercher à nouveau une piètre nourriture à cette période. Nous nous quittâmes.

Le jour suivant, bien avant l’aube, et dans la même région vallonnée, je scrutais à la jumelle pour apercevoir quelques bisons paissant au loin.

Je quittais la voiture, pour me diriger vers un petit bois, ceci afin d’affûter…lorsqu’une voiture arriva rapidement, l’homme était là, très décidé. Je le suivais, et nous approchâmes la lisière, bien caché d’abord. Un grand troupeau était là en train de paître, des sentinelles (des juvéniles) bordant et couvrant de leurs regards les 4 coins du troupeau.

Nous approchâmes alors par petits trajets en nous recroquevillant, restant de longs moments accroupis entre, puis le jour venant, nous commençâmes à prendre des photos au monopod.

Le troupeau regroupait tous les bisons de la région, soit 84 bisons ensemble en peine nature, livrés à eux-mêmes pour se nourrir, incroyable ! L’homme me fit signe via son mobile que le reste du temps, le troupeau se disperse et que chaque petit groupe vit alors dans la forêt et les clairières..

Quelle chance, nous restâmes pendant toute la matinée, personne d’autre ne venant troubler leur vie. Il y avait du plus jeune (tétant de temps en temps, toujours de l’autre côté de nous.. ) à la plus vieille femelle ou au plus vieux mâle qui avait perdu l’une de ces cornes au combat.

Ils se couchaient tous petit à petit, nous restions à notre place strictement sans bouger, accroupis dans la neige, il n’y avait bientôt plus de sentinelles, ils s’endormaient jusqu’au moment où soudainement un jeune se réveillait, s’affolait et en moins d’une seconde 40 à 50 tonnes de muscles et d’os se levaient d’un bond accompagnés d’un grondement des sabots au sol, les guetteurs scrutaient, nous ne bougions pas, alors, petit à petit ils se recouchaient, ruminaient puis se rendormaient : ceci trois fois dans la matinée. De quoi faire attention, d’autant que les mâles de plus d’une tonne auraient pu charger…

 

Cette journée là, bien cachés du regard des humains par le fond de la vallée, ils restèrent dans le grand champ cultivé où ils se nourrissaient des jeunes plans.

Un peu plus loin, vers la fin de l’après midi, une ou deux femelles étaient en début de pro œstrus, (c’est souvent à cet instant ou à l’aurore que l’on détecte les chaleurs chez les bovidés) et les grands mâles commencèrent à les détecter.

 

S’en  suivirent des combats, les jeunes mâles de tout âge emboîtant le pas. J’étais alors seul depuis le début de l’après midi, je prenais des photos jusqu’à ce que la lumière ne soit plus suffisante.

Quelle belle journée, quels beaux moments.

André BEAURAIN, photographe amateur

Add On : Quelques photos d’élans au moment du dégel, broutant les jeunes pousses et fruits de genévriers (ceci est une autre histoire)

Matériel utilisé : D5 et D500, Nikkor 80-400 et 800 mm, monopod et rotule allégée by home made.

Texte et photographies : André BEAURAIN, membre ASCPF.

Menu