Coccinelle à 7 points – Coccinella septempunctata

Texte : Pascale Hervieu – Crédit photographique : Pascale Hervieu, Roger Levalet, Dominique Martin.
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Crédit photo : Dominique Martin

Pour commencer ce reportage, une fois n’est pas coutume, je vais vous raconter une anecdote que certains d’entre vous ont peut-être connue mais que, selon l’expression consacrée « les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » !

Nous sommes en juillet 1976, à Bretignolles sur Mer en Vendée, je suis monitrice de colonie de vacances. Comme chaque jour, nous emmenons nos petits colons à la plage et là, stupéfaction ! des centaines de milliers de coccinelles forment le cordon littoral, roulées par les vagues. Impossible de ne pas marcher dessus pour aller se baigner.
Qu’a-t-il bien pu se passer ? Je n’ai jamais revu cela depuis !

Pour tenter de comprendre ce phénomène, il faut d’abord percer les mystères de ce petit Coléoptère que tout le monde connaît. En effet, il n’existe aucun autre insecte qui soit plus célèbre et autant aimé que la Coccinelle ! D’ailleurs, les comptines de notre enfance lui prêtent de nombreux talents, comme celui de prédire le temps, de donner l’heure mais aussi d’être la messagère en très haut lieu, d’où l’un de ses nombreux surnoms « Bête à bon Dieu ». Avant 1750, elle a porté 700 noms populaires différents et ce n’est qu’avec l’apparition de l’école que le nom « Coccinelle » lui a été donné, l’école laïque lui préférant celui-ci à celui de « Petit ange de Dieu ». Mais puisqu’elle porte tant de petits noms, le défi de ce reportage sera de ne pas utiliser deux fois le même pour la nommer !
La famille « Coccinella » compte les points à sa façon : 2, 5, 7, 10, 11, 13, 14, 16, 17, 18, 19, 22, 24.
Et ne nous y trompons pas, cela n’a rien à voir avec l’âge des individus qui gardent le même nombre de points toute leur vie. Celui-ci détermine plutôt l’espèce. On compte 129 espèces de « Dort-midi » différentes dont les couleurs vont du jaune au rouge en passant par l’orange. Certaines sont même noires !
Quant à leur taille et à leur forme, elles sont plus ou moins grandes, (« Marivole » à 7 points faisant partie des plus grandes en Europe) et plus ou moins rondes et bombées (certaines sont plutôt ovales). Elles ont cependant toutes en commun de posséder des élytres brillantes et très solides sous lesquelles elles replient leurs ailes et qui leur servent de bouclier en cas de danger. Elles peuvent en effet replier leurs pattes sous elles en les rangeant dans des compartiments prévus à cet effet. Dès lors qu’elles sont plaquées sur leur support, leurs élytres très lisses, empêchent toute prise au prédateur.

Crédit photo : Pascale Hervieu

Crédit photo : Pascale Hervieu

Crédit photo : Pascale Hervieu

Crédit photo : Pascale Hervieu

Les élytres de « Mariée-salée » protègent ses 2 ailes savamment repliées et son abdomen que l’on aperçoit sur les photos.

A ce premier système de défense, s’en ajoute un second, qu’elle utilise avec parcimonie car il lui coûte de l’énergie pour le renouveler. « Bimbora » fait sortir au niveau de l’articulation entre son fémur et son tibia, une (ou plusieurs selon la gravité de la menace) goutte de liquide jaune/orange (qui n’est autre que son sang !), qui au contact de l’air devient collant et dont l’odeur nauséabonde a tout pour dissuader l’assaillant.
Si malgré cela celui-ci s’entête à vouloir la bouloter, il passe alors un sale quart-d ’heure car le liquide sécrété par « Vacotte » est un savant cocktail de poisons à base d’alcaloïdes, dont le plus virulent, la coccinelline, est très toxique pour les mammifères et certains oiseaux.

(Quel que soit le stade de son développement : œuf, larve, nymphe ou imago, les alcaloïdes sont présents dans l’organisme de la Coccinelle.)

La mauvaise expérience de ceux qui s’y sont frottés sert de leçon et ceci explique finalement pourquoi, une « Galinette » boulotée et recrachée aussi vite, sert de sauvegarde à des centaines d’autres !

(Il est déjà arrivé que des colonies de Coccinelles présentes sur les grappes de raisins au moment de la vendange fassent perdre la récolte d’une année, rendant le vin imbuvable à cause des alcaloïdes contenus dans son corps. Idem pour des récoltes de Maïs.)

Restent cependant quelques ennemis qui se fichent bien de l’arme chimique de « Coqueti » parmi lesquels l’Hirondelle de fenêtre et le Moineau friquet. Mais le pire de tous vient d’un autre continent et n’est autre qu’une de ses cousines : Harmonia axyridis (Coccinelle asiatique) qui est totalement insensible aux alcaloïdes de « Parivole » alors que l’inverse n’est pas vrai, ce qui rend le combat déloyal !

Crédit photo : Roger Levalet

Crédit photo : Dominique Martin

De gauche à droite – Coccinelles asiatiques

Crédit photo : Dominique Martin

Hamonia axyridis, aussi appelée « Coccinelle arlequin » ou « Coccinelle mutlicolore » a été introduite en masse par l’homme lui-même, dans les années 80 (du siècle dernier), pour lutter contre l’envahisseur « pucerons » dans les cultures. Depuis, elle est devenue elle-même une espèce envahissante.
Et pourtant, avec un peu de jugeote l’homme aurait tout aussi bien pu employer l’autochtone « Poule d’or » à 2 points, plus petite mais aussi efficace pour la chasse aux pucerons que son ennemie mortelle issue d’Asie. Son seul inconvénient, pour se développer ses larves ont besoin de pucerons alors que celles de sa concurrente asiatique se contentent d’œufs de Teigne, ce qui permet un élevage plus aisé et moins coûteux !
Et comme l’homme est un être étrange, savez-vous qu’au Etats Unis notre « Ladybird » à 7 points et sa concurrente asiatique ont été introduites dans les cultures où elles sont peu à peu devenues envahissantes, faisant disparaitre les « Pimpinelles » locales qui ne demandaient qu’à vivre en paix !?
Un vrai gâchis écologique et finalement… économique aussi car pour gagner 3 sous à l’origine, il faut en dépenser beaucoup plus pour lutter contre ce fléau ! (si tant est qu’on lutte contre ?)
Il est donc temps maintenant d’aborder le dessein qui anime notre « Petit soleil » qui est intimement lié à la propension de trouver des colonies de pucerons ! Car oui, qu’on se le dise, notre « Polichinelle » pour naître, grandir, procréer et survivre, a la nécessité absolue de trouver en quantité suffisante des pucerons à déguster ! Le dire est une chose, mais le faire en est une autre !
En effet, « Berbiette » est myope comme une taupe ! Elle est incapable de localiser sa nourriture à moins d’un centimètre de distance ! C’est dire si l’entreprise de débusquage est vaste ! La technique de « Pipevole » doit donc être systématique. Pour cela, elle part de la base d’une tige et la remonte jusqu’à son extrémité pour l’explorer. Si aucun puceron n’est détecté, elle redescend et explore, sans en oublier aucun, tous les embranchements du végétal. Cependant, ses palpes, outils hyper sensibles dotés chacun de 1800 capteurs, lui permettent de savoir si une de ses congénères est déjà passée par ici. Si tel est le cas, inutile de continuer l’exploration, le filon des pucerons, s’il y en a un, est déjà exploité !
Autres problèmes à résoudre pour « Boule-Marie » : Ne pas trouver une colonie de pucerons toxiques et ne pas débusquer une colonie de pucerons gardée par des fourmis. A priori, les fourmis ne s’en prennent pas à notre « Bébette » mais elles défendent corps et âmes les suceurs de sève ce qui ne laisse pas d’autre choix à notre « Pernette » que de rebrousser chemin ou de se laisser tomber au sol pour reprendre son exploration ailleurs.
Une exception cependant pour « l’Agathe »* magnifique, sœur jumelle de « Nicole » à 7 points, qui elle est tolérée par les fourmis et qui peut donc se servir impunément sur leur cheptel !

*(La coccinelle à sept points et la coccinelle magnifique sont très semblables. Pour les différencier, il faut les retourner et regarder la base de leurs pattes – Chez Coccinelle à 7 points, il y a 1 tache blanche à la base des 2 pattes de la paire du milieu, chez Coccinelle magnifique, il y a 1 tache blanche à la base des 2 pattes de la paire du milieu et 1 tache blanche à la base des 2 pattes de la paire arrière.)

Mais lorsqu’enfin notre « Pilmorin » trouve le bon filon, la partie n’est, pour autant, pas facile non plus.
Eh oui, bien que totalement inoffensifs, les pucerons disposent d’une arme que « Barboulotte » n’apprécie pas du tout : A l’aide de leurs cornicules (2 tubes qu’ils ont sur le dos), ils badigeonnent la tête de leur assaillante d’un produit huileux et collant qui l’aveugle et la ralentit. Le temps qu’elle se toilette, ils en profitent pour déménager.
Vous l’avez compris : la vie de la « Fille d’amour » n’est pas un long fleuve tranquille ! En attendant de trouver son bonheur « Voule-bébé » s’est contentée pour toute nourriture de pollen, nectar et autres proies sans beaucoup d’intérêt pour autre chose que sa subsistance.
Mais ne tombons pas dans le pessimisme ! Beaucoup de nos « Papillottes » finissent par trouver la colonie de pucerons qui va leur apporter suffisamment de protéines pour qu’enfin elles puissent fabriquer leurs œufs. C’est le moment que choisissent les mâles (Avril) pour sillonner les champs à la recherche du plus de femelles possibles, oubliant parfois de se nourrir eux-mêmes. Et quand ils trouvent une femelle (par hasard car ils sont aussi bigleux que la femelle et semblent ne posséder aucun odorat), ils deviennent de vrais pots de colle. Pour qu’ils lâchent prise, les « Poulettes du ciel » doivent déployer des trésors d’ingéniosité ! Cela finit souvent par une chute libre qui disloque les équipages.

Crédit photo : Pascale Hervieu

on aperçoit bien les 2 taches blanches à la base de la paire centrale des pattes de la « Queuderi » à 7 points.

Crédit photo : Pascale Hervieu

Le segment 7 n’existe que chez le mâle.

Crédit photo : Pascale Hervieu

Crédit photo : Pascale Hervieu

Crédit photo : Roger Levalet

Le nouveau problème que « Madeleine » doit résoudre maintenant est d’ordre mathématique. La vie d’une colonie de pucerons est très courte : 6 à 7 semaines tout au plus.

(Temps au-delà duquel la plante hôte ne résiste pas.)

Durant les trois premières semaines l’expansion de la colonie est phénoménale pour atteindre son apothéose à 3 semaines ½ ; Son déclin est tout aussi brutal : en trois semaines, la colonie est décimée. Or, les larves de « Piboles » ont une durée de vie de 4 semaines avant transformation. Durant tout ce temps, elles doivent disposer de pucerons à volonté. « Rioutsioutsiou » doit donc déposer ses œufs à proximité d’une colonie au plus tard avant la fin de la 2ème semaine de l’apparition de la colonie de pucerons, faute de quoi, les larves meurent de faim.

(Tous les œufs qui mettent 5 à 6 jours pour éclore, ne le font pas tous en même temps. On note que souvent quand les proies viennent à manquer les larves les plus grosses pratiquent le cannibalisme sur les larves les plus petites.)

Ceci donne tout son sens au proverbe qui affirme « qu’avant l’heure ce n’est pas l’heure et qu’après l’heure, ce n’est plus l’heure ! ». Il n’y a rien de plus vrai chez les « Pilvoles ».
Après avoir déposé une quarantaine d’œufs jaunes à la verticale sous une feuille pour les protéger de la pluie, à proximité d’une colonie de pucerons, « Catherine » part immédiatement à la recherche d’un deuxième, puis d’un troisième, etc.. lieu de ponte.
En deux mois, elle produit quelques 1 500 œufs avant de mourir.

Crédit photo : Roger Levalet

Crédit photo : Pascale Hervieu

Pendant ce temps, durant sa vie de larve, « Petite Brigitte » change 3 fois de costume tellement le sien devient trop petit à force de manger. Au bout de 20 jours, elle est devenue tellement grosse qu’une dernière fois elle change de tenue après avoir totalement cessé de s’alimenter.
Elle se transforme en nymphe.
A l’intérieur de la nymphe une entreprise chimique de grande ampleur qui dure environ 8 jours, se déroule qui réduit en bouillie les tissus de la larve qui sont recyclés pour donner les organes que nous connaissons de notre « Catherinette ».
Il n’est plus temps pour les nouvelles venues de se reproduire elles-mêmes. Elles ne le feront qu’au printemps suivant. En attendant, elles doivent se constituer des réserves de graisse pour passer l’hiver puis trouver un lieu où elles pourront hiberner (à partir de fin août).

Crédit photo : Roger Levalet

Emergence d’une coccinelle à 7 points (nymphe à gauche)

Les « Bêtes du Paradis » à 7 points le font par petits groupes de 4 à 6 individus au maximum, alors que des observations dans le sud de la France (Mont Ventoux, Aveyron) ont montré que Hippodamia undecimnotata* migre en grands groupes (d’où son nom de Coccinelle migrante) vers des lieux hauts (qui portent le nom de Puech dans le midi) où elles s’agglutinent serrées les unes contre les autres soit dans des interstices entre deux pierres, soit dans la végétation un peu au-dessus du sol. Elles choisissent un lieu exposé au soleil et très aéré, car elles craignent par-dessus tout l’humidité qui favorise l’apparition d’un champignon parasite (la Muscardine blanche) qui peut décimer toute la colonie durant l’hibernation.

(* Espèce très semblable à Coccinella septempunctata mais qui a un nombre de marques variable, n’excédant pas 11 taches)

Pour revenir au phénomène qui s’est produit en 1976, maintenant que notre « Bergère de Dieu » n’a plus de secret pour vous (ou presque… !) vous devriez mieux comprendre ce qu’il s’est passé.
Souvenez-vous, l’hiver 76 fut particulièrement clément, suivi d’un printemps humide et chaud et d’un été particulièrement torride. Toutes les conditions furent réunies pour qu’il y ait une prolifération de pucerons au printemps.
Les « Petites colombes » de l’année n’eurent donc aucune difficulté pour trouver les colonies suffisantes pour se nourrir et produire des œufs à profusion. Les larves furent bien nourries et les naissances de « Pain vole » exceptionnellement nombreuses !
Mais quand la disette arriva (car elle arrive toujours !) des millions de « Petites vaches de Dieu » tout juste nées s’en trouvèrent affamées et assoiffées. Elles profitèrent en masse des courants chauds de l’été pour s’envoler et se trouvèrent élevées jusqu’à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Les vents d’altitude les poussèrent à travers tout le pays et des milliers d’entre elles se retrouvèrent ainsi en bord de mer. Arrivées là, la barrière constituée par le vent marin, plus frais que le vent qui les avait transportées, stoppa leur progression.
Très affaiblies, beaucoup d’entre elles moururent dans ce cordon littoral vu en juillet 1976.

Crédit photo : Pascale Hervieu

Crédit photo : Dominique Martin

Crédit photo : Pascale Hervieu

Texte : Pascale Hervieu
Références :
La Hulotte (Revue la plus lue dans les terriers) N° 108 et 109
Insectes (Revue de l’OPIE) N° 169
Photos par ordre d’apparition sur mon disque dur : Pascale Hervieu – Roger Levalet – Dominique Martin

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