La Chevêche d’Athena – Athene noctua

Texte : Pascale Hervieu. Photographies de Antony Garcia, Roger Levalet, Dominique Migliani, Grégoire Trunet, Guy Mallet, Dominique Martin, Olivier Gutfreund, Christophe Lemire, Benjamin Munoz Barbera, Marc Bia.

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Elle porte le nom de la déesse Athéna qui, dans la mythologie grecque est la déesse de la sagesse et de la science. Celle-ci aurait, dit-on, pris son amie Nyctéis en affection et l’aurait transformée en petite chouette dont elle ne se séparait jamais. Rebaptisée « Minerve » par les romains, elle répond à quelques 150 noms populaires qui en disent beaucoup, ou peu, sur son mode de vie. Ainsi, l’appelle t-on aussi « Chouette des pommiers », « Chouette des mergers » (tas de pierres), « chouette des granges », « Claude » ou « Claudine », « Coquette » ou encore « Lutin ».
Il y a 2500 ans, les Athéniens frappèrent une pièce de monnaie avec le portrait de la déesse côté face et à l’effigie de la petite chouette côté pile, c’est dire comme elle était populaire auprès des hommes !
Est-ce pour cela que parmi toutes les espèces de chouettes, Athéna est restée celle la mieux tolérée par l’homme ?
Et cela tombe bien, car si dans des temps très lointains, elle vivait dans des zones de steppe, avec l’apparition de l’agriculture, elle a saisi l’opportunité d’un rapprochement avec l’homme, qui ne lui apportait que des avantages, le gîte et le couvert en particulier !
En échange, il y eu aussi une époque où Athéna fût domestiquée. On lui coupait les ailes pour qu’il ne lui prenne pas l’idée de s’évader, et elle était employée à chasser toutes sortes d’individus douteux qui nuisaient aux cultures et aux habitations.

Crédit photo : Antony Garcia

Crédit photo : Guy Mallet

Athéna fuit les grands bois car c’est là que vit sa pire ennemie, sa cousine la hulotte, mais elle les fuit aussi pour des raisons physiologiques.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, sa vue n’est pas très bonne et n’est pas adaptée à la vie nocturne, mais elle a une bonne ouïe. Son créneau à elle c’est le crépuscule ! Elle n’est pas dotée non plus d’un système d’ailes silencieuses qui lui permettrait de foncer sur ses proies sans se faire repérer.

Crédit Photo : Dominique Martin

Crédit photo : Guy Mallet

Non ! pour elle, à cause de sa petite taille, il convient de trouver un lieu où l’herbe reste basse et un perchoir pas trop haut : le piquet d’une clôture autour d’un pré, la branche basse d’un vieil arbre, un tas de pierres ou de bois dans un champ font très bien l’affaire… et l’homme est un expert pour créer ce type de perchoirs et entretenir ces lieux de vie !
Du haut de son perchoir, 2 heures durant au moment du crépuscule, matin et soir, elle observe ce qu’il se passe au sol et quand une proie se présente, elle lui tombe dessus en un clin d’œil. Le reste du temps, elle ne dédaigne pas se faire dorer au soleil !

Concernant le couvert, elle n’est pas difficile et accepte toutes sortes de mets qui vont des insectes aux vers de terre en passant par les rongeurs, les batraciens ou les reptiles.
Les insectes, elle en raffole avec une préférence pour les grandes sauterelles et les coléoptères et tout particulièrement les hannetons. Mais lorsque la pluie survient, elle adore aussi aller déterrer les vers de terre dont elle fait un met de choix, avec les problèmes que cela pose, car le ver de terre est peu nutritif.

Ainsi, on a remarqué un phénomène étrange. Contrairement à beaucoup d’autres espèces animales, Athéna se constitue davantage de réserve graisseuse en hiver qu’aux autres saisons !

Cela provient du fait qu’à cette saison, son alimentation est principalement constituée de rongeurs, contrairement au reste de l’année, et que ceux-ci lui apportent davantage de protéines que les autres proies. Elle résiste donc bien à l’hiver à condition cependant de ne pas devoir affronter une période trop longue d’enneigement. Il lui est possible de jeûner pendant trois semaines (ce qui est nettement supérieur à ce que peut endurer sa cousine la hulotte), mais au-delà, c’est la mort assurée.
C’est donc pour cela que vous ne la trouverez jamais en montagne ou dans des lieux aux hivers rigoureux.

Crédit photo : Christophe Lemire

Crédit photos : Dominique Martin

Concernant le gîte, il lui faut trouver une cavité à l’abri de la pluie dans laquelle elle pourra fonder sa famille. De ce point de vue, elle n’est pas difficile non plus, un trou dans un vieux tronc de pommier ou de saule têtard, dans un pierrier ou dans un vieux mur, dans un tas de bois, fait très bien l’affaire. Elle ne prend même pas la peine de l’aménager ou de le nettoyer. Il convient juste qu’il ne soit pas inondable, afin de ne pas risquer de noyer ses futurs petits.
Elle installe donc son logis dans un territoire partagé avec l’homme, qui souvent ne dépasse pas un rayon de 400 mètres. Beaucoup de ces petites chouettes s’installent dans un lieu qui n’est pas éloigné de plus de 10 km de leur lieu de naissance, c’est dire si Athéna n’est pas voyageuse !
Le mâle défend son territoire mais il le partage volontiers avec Minerve une femelle à laquelle, sauf quelques coups de canifs dans le contrat, il restera fidèle toute sa vie. Il n’est d’ailleurs par rare de les voir ensemble « collés-serrés » dès le mois de novembre, partageant le même gîte, s’épouillant, se papouillant, s’accouplant… Minerve et Athéna sont amoureux !

Crédit photo : Dominique Martin

Crédit photo : Grégoire Trunet

Durant les 2 premières semaines après leur naissance, c’est le mâle qui assure la totalité du ravitaillement. Il constitue des réserves de proies dans des cavités proches du nid ou quelquefois directement dans le nid, ce qui à la longue pose un problème d’hygiène important (on imagine bien l’odeur nauséabonde et l’état de décomposition des proies non consommées) car Minerve et Athéna ne sont pas des As de la propreté. Il arrive que les petits les plus faibles en meurent ce qui n’impressionnent nullement les autres qui finissent par les bouloter ! C’est la dure règle de la vie.
Les petits quittent le nid au bout de 35 jours et sont encore nourris par leurs parents pendant quelques temps. Ils deviennent indépendants au bout de 9 à 10 semaines.

Crédit photos : Olivier Gutfreund

Auparavant, ils font quelques incartades pour se dégourdir les pattes et découvrir le monde qui les entoure. Il peut arriver qu’une Coquette tombe de la branche sur laquelle elle se promenait. Dans ce cas, elle ne peut pas remonter. Il est important de savoir que ses parents veillent sur elle et viendront la nourrir où elle se trouve. La première des choses  à faire n’est donc pas de ramener Coquette à la maison ou en centre de soin, mais plutôt, si possible, de la remettre sur une branche de l’arbre sous lequel elle se trouve, ou si ce n’est pas possible, de lui aménager un abri au sol (branchages par exemple avec une entrée de 7 cm de diamètre) afin de la protéger des éventuels prédateurs qui passeraient par là.
Grandir n’est pas une entreprise facile dans le monde sauvage, mais si les petites chouettes des pommiers parviennent enfin à prendre leur indépendance, à leur tour, elles vont pouvoir faires « les lutins » et procurer aux photographes de belles occasions d’immortaliser leurs beaux yeux jaunes immobiles qui les obligent à tourner la tête dans tous les sens, tel un périscope, pour voir ce qui les entoure, car en plus, elles sont très curieuses !
Cela permet à ses admirateurs de lui tirer le portrait avec des mimiques et des postures amusantes. Il paraîtrait même, que l’arrière de sa tête représente un masque facial (en ces temps de Covid 19, elle serait donc à la pointe de la science !) qui a pour objectif de déstabiliser l’ennemi, lui faisant perdre un temps précieux pour attaquer, ce qui laisse à Chevêche d’athena une longueur d’avance pour se réfugier dans un abri.
Mais cela reste à prouver car aucune des photos n’en apporte la preuve !

Références et documentation :
Mythologie grecque et romaine,

La Hulotte (Revue la plus lue dans les terriers) N°105
Site Oiseaux.net
Aller visiter sur le forum le fil de Christophe Lemire https://www.ascpf.fr/forums/topic/chouette-cheveche/

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