Vautour fauve – Gyps fulvus

Texte : Pascale Hervieu et Marc Bia – Crédit photographique : Bernard Deman, Michel Andrieux, Benjamin Munoz Barbera, Dominique Martin, Marc Bia, Roger Levalet, Pascale Hervieu, Patrice Guitton, Jean-Pierre Mériaux.

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Crédit photo : Bernard Deman

Mémoires des Griffons vultures :
Contrairement à la règle mathématique bien connue qui édicte que « le plus court chemin entre deux points est la ligne droite », nous les Vautours fauves, sommes plutôt adeptes du proverbe malien « Le plus court chemin pour aller d’un point à un autre n’est pas la ligne droite, c’est le rêve ! »
Le rêve, pour nous, prend la forme de bulles d’air et de tapis volants grâce auxquels nous allons loin et haut, très haut vers les étoiles, la tête dans les nuages !
Mais avant de vous expliquer nos petits secrets, présentons-nous !
Nous les Griffons, appartenons à la famille des rapaces diurnes. Nous naissons dans des parois abruptes inaccessibles à d’éventuels prédateurs, où nos parents ont aménagé, dans une cavité, un nid sommaire fait de branchages.
Nos parents se sont accouplés fin décembre et notre mère pond un seul œuf dans le courant du mois de janvier. Nos pères et mères couvent à tour de rôle de 48 à 55 jours. Nous naissons donc fin mars début avril. A partir de ce moment, il nous faut pratiquement 4 mois avant que nous prenions notre envol. Mais il nous faudra plusieurs années pour devenir adultes.

Transport de matériaux au nid. Crédit photo : Jean-Pierre Mériaux

Jeunes – Crédit photo : Marc Bia

Auparavant, nous passons par plusieurs stades.

D’abord, on dit de nous que nous sommes « juvéniles » (1ère année, puis 2ème année…), ensuite on nous traite « d’immatures » avant qu’enfin vers 5 ou 6 ans on nous considère comme des adultes, âge où, à notre tour, nous pouvons nous reproduire.

L’évolution de notre plumage ne nous permet pas de tricher sur notre âge. « Sa coloration est brun-foncé pour les plumes, le duvet de la tête, la collerette, le bec tirant sur le gris-noir chez le jeune alors que, progressivement chez l’adulte les rémiges sont devenues noires, les couvertures se sont éclaircies, le duvet et la collerette ont blanchi, et le bec a pris une teinte ivoire »*

* texte : Marc Bia

1 adulte et 2 jeunes. Crédit photo : Marc Bia

Crédit photo : Dominique Martin

Par notre envergure (de 2,35 m à 2,65 m) nous ne sommes pas les plus grands. Nos cousins les Vautours moines (de 2,65 m à 2,85 m) et Gypaètes Barbus (de 2,60 à 2,90 m) sont plus grands que nous mais avec nos 7 à 11 kg, contre 7 à 10 kg pour le moine et 5,5 kg à 6,5 kg pour le Gypaète, nous sommes les plus lourds, ce qui nous donne un aspect imposant.

Nous profitons de nos jeunes années pour voyager et découvrir le monde. Ainsi, à l’automne nous migrons vers l’Afrique mais une fois adultes, nous nous mettons en couple pour la vie et choisissons une paroi rocheuse là où vit déjà une colonie à laquelle nous nous intégrons. Désormais nous devenons sédentaires !

Nous sommes des nécrophages stricts. C’est-à-dire que nous ne consommons que des cadavres. Donc toutes les légendes qui circulent à notre détriment, selon lesquelles nous attaquerions des troupeaux, serions capables d’enlever des enfants et autres balivernes du même ordre ne sont que mensonges éhontés !
Non seulement nos griffes sans aucune force sont tout à fait inutiles pour saisir quoi que ce soit mais de plus, faire circuler de telles rumeurs à notre sujet, c’est bien mal nous connaître car oiseaux plus méfiants que nous, ce n’est pas possible ! Ainsi, même le cadavre d’un animal nous paraît suspect et avant de l’approcher en confiance, nous préférons laisser une avant-garde s’attaquer à lui, histoire d’être sûrs qu’il est bien mort ! Corbeaux, Corneilles, Pies et Milans sont de très bons partenaires pour cela d’autant plus qu’ils nous ouvrent la voix royale aux entrailles de l’animal en perçant son cuir, chose que notre bec ne nous permet pas de faire !
Cela dit, une fois que nous sommes sûrs que l’animal est bien mort, alors, nous n’avons plus de retenue et nous nous jetons sur lui pour la curée. Et comme les cadavres ne courent pas les près, nous pouvons être jusqu’à plusieurs dizaines de congénères sur l’affaire ! Et là, les choses peuvent se compliquer. Certains d’entre nous (en général les plus affamés) n’hésitent pas à jouer les gros durs pour avoir la meilleure place et les meilleurs morceaux, car vous l’imaginez bien, un malheureux petit cadavre pour autant de becs à nourrir ce n’est pas du luxe. Nous devons alors attendre que ce « mal-nourri » soit rassasié pour nous approcher du festin. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le cadavre est nettoyé de ses chairs et de ses entrailles. Certains s’en sont mis jusqu’à la collerette ! D’ailleurs, savez-vous que si nous n’avons pas de plumes sur la tête et le cou, c’est parce que Dame Nature s’est dit que cela nous simplifierait la vie pour le toilettage ?

Bon, nous direz-vous, où est le rêve dans tout cela ? Parce que ne l’oublions pas, en commençant d’écrire nos mémoires, nous vous avons parlé de rêve !
Nous le savons, vous les hommes, vous avez toujours rêvé de voler. Vous y êtes parvenus, très souvent à renfort de tôle, de grand bruit et de pollution. Et comme vous êtes cartésiens, vous appliquez 9 fois sur 10 la règle « le plus court chemin entre deux points c’est la ligne droite ».
Oui, nous savons ! vous avez inventé quelques techniques plus respectueuses, mais ça n’est pas donné à tout le monde de les utiliser et c’est plutôt sportif ! Alors que nous, nous volons, ou plutôt nous planons tous les jours sans pour autant dépenser inutilement des calories ! N’est-ce pas le rêve ?
Pour cela, nous avons mis au point une technique imparable : utiliser les courants d’air chauds ascendants. Ceux-ci sont contenus dans d’immenses bulles invisibles (imaginez d’immenses montgolfières) mais nous n’avons pas notre pareil pour les détecter. Dès que nous voyons une de ces bulles d’air chaud, nous nous jetons à l’intérieur et nous prenons soins de ne pas en sortir. Pour cela, il suffit de tourner en rond dans la bulle. Celle-ci s’élève dans le ciel nous faisant prendre de l’altitude sans qu’on ait besoin de battre des ailes. Pour changer de trajectoire, nous utilisons la technique du tapis volant. Pour cela il suffit de sortir de la bulle (aussi appelée thermique) et de se laisser glisser (en ligne droite cette fois) vers une autre bulle d’air chaud qui se trouve en contrebas. Et nous reprenons notre ascension ! Et c’est ainsi qu’en passant de bulle en bulle, nous pouvons parcourir de très grandes distances et monter très haut dans le ciel en très peu de temps. N’est-ce pas plus poétique que la ligne droite ?

Crédit photo : Bernard Deman

Crédit photo : Dominique Martin

Mais cela nécessite une période d’apprentissage c’est pourquoi il arrive que quelques jeunes vautours se retrouvent dans des endroits incongrus, faute d’avoir su prendre un thermique correctement.
Peut-être vous demandez-vous où nous allons comme ça ? Comme vous chaque matin, nous partons subvenir à nos besoins qui sont essentiellement alimentaires ! Et c’est là que nous appliquons une autre règle : « l’union fait la force ».

Nous travaillons en équipe mais nous planons plutôt en solitaire ou en petits groupes (contrairement à ce que montre la photo ci-dessus !) Il faut dire que la nature nous a dotés d’une excellente vue ce qui nous permet d’explorer une zone, même depuis une haute altitude, tout en gardant à vue un congénère, qui lui-même explore une autre zone tout en gardant à vue un autre équipier et ainsi de suite. De cette manière, tous les équipiers restent en contact visuel avec l’un de nous et nous scrutons une très vaste étendue de paysage à la recherche d’un cadavre.

Mathématiquement (malheureusement, on n’y échappe pas toujours !), il vaut quand même mieux être au plus près de celui qui découvre le cadavre, car le dernier prévenu risque d’arriver quand la curée est terminée.
C’est pourquoi la fois suivante, s’il a la chance d’être dans les premiers à découvrir le graal, il n’est pas disposé à laisser sa place et la défend âprement !
Cela nous arrive à tous, alors nous ne lui en tenons pas rigueur. Le repas terminé, l’équipe se reforme !

Crédit photo : Benjamin Munoz

Texte : Pascale Hervieu et Marc  Bia

Références :
La Hulotte (Revue la plus lue dans les terriers) N° 91 et 93

Liens internet :
https://www.oiseaux.net/oiseaux/vautour.fauve.html

http://vautours.lpo.fr/especes/especes.html
Photos par ordre d’apparition sur mon disque dur : Bernard Deman, Michel Andrieux, Benjamin Munoz Barbera, Dominique Martin, Marc Bia, Roger Levalet, Pascale Hervieu, Patrice Guitton, Jean-Pierre Mériaux
Merci pour votre contribution.

 

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