Forums Carnets de photographes Invités Fabrice Milochau Répondre à : Fabrice Milochau

#23023
Fabrice
Participant

Bonjour à tous,

Ravi de partager avec vous, une fois n’est pas coutume à l’ASCPF, pour parler de paysages…!

S’agissant de mes médailles et hautes distinctions, je vous invite à consulter mon site, ce sera plus simple -))http://www.fabrice-milochau.eu/

Pour résumer, je dirais simplement que je suis un arpenteur de paysages et de nature la plus sauvage possible depuis plus de 20 ans. J’ai essentiellement travaillé dans le monde de la presse magazine et suis l’auteur d’une 15zaine de livres. J’accompagne également des safaris-photos dans différents pays du monde avec Objectif Nature, et j’ai développé une approche d’art contemporain (sculptures photographiques) via mes photographies…

Voici ce que je peux vous dire de ma démarche de photographe :

Un  paysage  nous  apprend  bien  davantage  sur  notre  imaginaire  que  sur la configuration d’un lieu ; à travers lui s’entame  un  grand  voyage  intérieur.  Souvent  je  me  suis  entendu  dire  que  mes  photographies  étaient dépaysantes, qu’elles évoquaient d’autres latitudes d’autres mondes.  Instinctivement,  c’est  vrai,  j’ai  toujours recherché  l’ailleurs :  la  plupart  du  temps  je  le  vois  et  le  ressens presque partout. Une sorte de prédisposition à oublier où je suis et ce qui devrait m’être familier. Je m’ouvre systématiquement à la découverte.

Pour  moi,  l’essentiel  n’est  pas  dans  l’anticipation  et  sa  cohorte  de repérages, mais dans l’ouverture d’esprit ; le regard  qui  se  pose,  la  symbiose  avec  l’environnement,  le  plaisir  d’être  là, au présent, comptent davantage que mon  projet  final.  J’avance  d’un  pas  tranquille,  attentif  à  chaque  rayon  de lumière, à chaque scène qui s’offre à moi. Mes photographies ne sont pas le fruit de ma volonté, elles me sont proposées par la  nature, offertes par le hasard. Rien n’est sure. Le moment vécu prend le pas sur la garantie du résultat…

Cette  approche  est  une  source  intarissable  d’émotions  car  elle  s’ancre  profondément dans l’instant ; ce qui est ressenti  l’est  sans  détours,  sans  artifices.  Les  sentiments  n’en  sont  que  plus vifs, plus acérés. Ils naissent d’une ombre,  d’un  souffle,  d’une  perspective ; ce ne sont plus les mots, la géographie oules concepts qui déclenchent nos  sensations  comme  des  processus  attendus,  mais  la  simple  vérité  des  sens.  J’espère  alors  que  ce qui sera intensément  vécu  sera  intensément  ressenti  par  le  spectateur.  Cet  exercice  mène  à  un  dépaysement systématique  car  je  ne  cherche  jamais  à  illustrer  ce  que  l’on  s’attend  à  voir ;  la région et ses stéréotypes sont oubliés, les paysages que je découvre n’ont plus aucune nationalité. Pour voir l’ailleurs, il faut être nulle part.

Chacun  de  nous  entretient  sa  propre  perception du  monde,  à  travers  le  filtre  de  ses  sensations,  de  son éducation,  de  sa  culture ;  photographier  est incontestablement un acte subjectif et créateur. Mais c’est aussi, et surtout,  un  acte  de  partage ;  on  peut  partager  ses  joies  et  sa  mélancolie,  comme  livrer  ses  rêves  ou  ses convictions.  C’est  le  sens  de  mes  photographies :  une  contemplation  admirative  de  ces  équilibres  subtils entre ciel  et  terre,  et  une  invitation  militante,  un  plaidoyer  passionnel  pour  ces  paysages  sauvages  que  j’aime  tant.

Il  ne  s’agit  pas  simplement  de  proposer  de  belles  images,  mais  de  projeter  le  spectateur  dans  ses  propres émotions,  de  montrer  ces  instants  et  ces  détails  particuliers  qui engendrent le mystère, font appel aux arcanes de  notre  inconscient  et  inscrivent  nos  rêves  dans une  réalité  contemporaine.  Un  regard différent sur la nature, un  regard  de  photographe  certes,  mais  qui  suggère  une  deuxième  lecture  de ces paysages, comme une porte ouverte  sur  un  monde  oublié,  caché  au  plus  profond  de  nos  inconscients,  un  royaume  extravagant  propice  à tous les enchantements…

La  photographie  est  rarement  perçue  comme  un  art,  en  particulier  la  photo  couleur : elle est si proche du réel que  nous  avons  l’impression  que  c’est  simplement  le  réel.  Le  noir  et  blanc  gomme cette dimension colorée et devient  naturellement  différent  de  la  réalité ;  on  admet  donc  plus  volontiers  qu’il  puisse  être  « artistique »  et transcender  le  quotidien.  La  couleur  s’avère  pourtant  un  magnifique  outil  créatif ;  c’est  un  langage en soi, une faiseuse  de  rêve  tout  autant  qu’un  stimulant  émotionnel.  Certes,  elle  décore,  elle  enjolive,  elle  distrait  à l’occasion,  mais  fait  aussi  bien  davantage :  la  couleur  va  au-delà  de  la  forme,  elle  l’habille,  la  modèle, la rend agissante. C’est une vibration. Dans certains contextes, elle baigne toute chose, même l’air !

 

 

  • Cette réponse a été modifiée le il y a 6 mois et 2 semaines par Pascale.
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